Les Mayas des Altos

"A peine quitté la capitale, Ciudad de Guatemala, pitorresquement laide, scindée entre la 6ème avenue, ses faubourgs, vétustes, criards de sons et de couleurs et la moderne Zona 10,·riche d'espaces verts et d'arrogants hôtels, apparaissent les premiers Indiens, gaiement vêtus et lourdement chargés. Ils marchent, ils portent, vision et souvenir indélébiles, rythmant les chemin des Altos.

Au faîte de lacets verdoyants, Chichicastenango est une petite bourgade aux maisons d'adobes blanchies à la chaux, cernant une place rectangulaire .où deux églises se font face comme: dans les centres cérémoniels mayas. Bâties sur les degrés d'anciens temples, Santa Tamas et El Calvario allient passé et présent.

A l’intérieur de Santo Tomas règnent le dieu chrétien, les saints catholiques, le prêtre qui officie en espagnol. Au pied des marches, les "Chuchkajaus" et leurs fidèles entretiennent un feu de bois .où ils brûlent du "pom" pour plaire aux divinités antiques. Sur le parvis, au milieu de volutes cendrées, inlassablement, ils balancent des cassolettes fumantes et psalmodient leurs incantations. De part et d'autre du lourd portail clos, encens espagnol et copal indien montent vers le ciel, supports des mêmes espérances et de la même ferveur.

Non loin, sur une colline, une idole de pierre, "Pascual Abaj", est toujours vénérée. Là encore, les Maya-Quichés font des offrandes de copal, d'eau-de-vie, allument des chandelle pour obtenir une guérison, des "milpas" fertiles, conjurer un mauvais sort.

Quatre siècles d'évangélisation ont seulement effleuré les antiques croyances et superposé les "Santos", très révérés, comme autant de bons intercesseurs auprès du "Cristo" et des "Dios". (...)

Chichicastenango, bourgade tranquille, se réveille deux fois par semaine, les jours de marché. La veille, les ruelles paisibles pavées de gros galets s'encombrent de planches, perches, cordes, bâches, balles. L'après­midi, le décor se monte. Bientôt tous les matériaux épars sont devenus "tiendas" (boutiques) et "comedors" (restaurants). La place et les venelles, un labyrinthe toilé de blanc.

Tôt le matin, trottinant des hameaux voisins, ployant sous d'immenses filets ou de grandes hottes retenus au front par le traditionnel "mecapal", suivis des femmes et enfants, les Indiens arrivent. Des plus lointains villages du Lage Atitlan, cahotantes et grinçantes, les "camienetas" rouillées déversent une foule bigarrée.

Les marches enfumées de Santo Tomas se transmuent en somptueuse tapisserie où dominent les roses, rouges, oranges, violets. Magnifiques "huipiles" à motifs floraux des femmes de Chichicastenango, sur des jupes bleues simplement enroulées et maintenues par de larges, bandes brodées de fleurs en relief. Des pièces d'argent se mêlent aux perles des colliers - des rubans lamés - d'or se tressent avec les cheveux. (...)

D'épaisses et lourdes senteurs flottent sur la place, zigzaguent entre les allées marchandes, s'insinuent dans les ruelles rejoignent et dérangent les odeurs des épices, du maïs grillé, du copal."

extraits
Monique Pietri