Au retour d'un bout du monde, j'aime poser mes sacs en Corse. L'île est toujours étape transitoire entre le choc des cultures, entre les renoncements de la vie libre et vagabonde, entre les beautés d'autres lieux quittés à regret, car, elle aussi, a le talent du paysage.

Je me souviens de ma première approche. A la pointe de l'aube, le bateau avait longé une côte montagneuse qui sortant peu à peu de l'ombre de la nuit me sembla l'extrême mystère.
Puis apparut une ville haute déjà vibrante sous le soleil. Elle surplombait des palmiers qui accueillirent mon débarquement. A une nuit de Marseille, c'était un sortilège.

La traversée de l'île fut un autre enchantement. A la mer bleu intense dont le nom seul me ravissait, Tyrrhénienne ... succéda des vignes. Puis la montagne étala des pics roux où se dressa une citadelle avant un col brusquement frais et brumeux qui menait à une autre mer moins bleue, mais plus limpide. La route traversait des villages à la fois semblables et différents, maisons sévères groupées autour d'un campanile.

Décor immuable planté pour de nombreuses années.

L'île doit avoir un charme, car ces impressions neuves reviennent ponctuellement sans jamais me lasser. Au fil des ans, l'avion a remplacé le bateau des premiers émois. Mais voir l'île dessiner ses monts et ses côtes, arrondir son golfe, me plaît toujours comme la promesse d'une terre nouvelle.

Inversement, au bout des mondes de mon errance, souvent surgit la Corse, dans un relief tourmenté, un vallonnement paisible, un lac clair vaste comme une mer, une pluie d'orage, une forêt de pins, une flore épineuse d'agaves ou de cactus, une coulée mauve de bougain­villées. Je dis "on se croirait en Corse", "Nous avons les mêmes fleurs en Corse" ..., au point d'agacer mes guides-interprètes. Selon eux, si j'ai tout en Corse, pourquoi aller ailleurs.

La dernière, chinoise, était plus curieuse, plus intriguée. Elle posait des questions sur la France, sur cette petite île si belle la Corse, appartenant à la France, sans être totalement française. Nous étions au Yunnan, dans la région autonome de la Minorité Mosso, venant de quitter celle de Naxi. Elle eut une illumination "Ah la Corse, c'est l'île autonome d'une minorité ethnique".

Why not ? I'am landing slowly, slowly.

L'île escale
Carte blanche à Monique Pietri
in Corse hebdo, juillet 2001