Berne fut longtemps pour moi une ville, belle, traversée par une rivière, l'Aar, surplombée d'une chaîne de montagnes, les Alpes, visibles ou invisibles selon l'humeur du temps. Une ville ancienne qui ordonnait autour d'un Münster gothique des rues pavées, jalonnées de tours carrées et de fontaines allégoriques.

Je venais à Berne depuis des années et ne voyais pas Berne. La rivière me fit découvrir la ville. La ville née de la rivière. Berne et l'Aar intimement liées.

Octobre y alternait des brouillards et des embrasements. Je descendais au bord de l'Aar, trouvais un sentier facile et pris quelques photos. Elles se réveillèrent charmeuses, parées d'eau mouvante, de lumière dorée, de brumes romantiques, d'arbres enflammés.

Je revins en hiver. La neige avait transmué le paysage familier. La rivière coulait, lente et verte, entre des herbes et des branches de givre. Une forêt magique était emprisonnée dans l'eau. "Le sentier au bord de l'Aar" devint une attente fascinée d'autres découvertes au fil des saisons.

Je revins au printemps. Je découvris des prés de fleurs en fête sous des pommiers ronds et roses. La rivière coulait, vive et chantante. Le sentier semblait l'accompagner à l'infini. J'allais en aval jusqu'au lac ambré de Wohlen. Je découvrais, en amont, un vieux pont de bois (Neubrügg), puis au long des méandres un cimetière paisible autour de l'église de Bremgarten. Plus loin et plus tard, Reichenbach où l'étiage de l'automne enchâssait les galets de nappes aux coloris impressionnistes.

Un séjour estival révéla le privilège du vert, de l'eau, des champs, de la forêt.

Les quatre saisons du "sentier au bord de l'Aar" étaient fixées en images. "Merci, me dit un voisin, de nous avoir montré quel beau lieu nous habitions".

Maintenant je possédais tout le fil imagé de l'histoire entre la rivière et la ville, l'Aar et Berne.

Berne au fil de l'Aar
Au fil de l'Aar repose Berne.
Eau tranquille. Ville tranquille.
Monique Pietri