Ils s'échappent sans bruit de la nuit et se lèvent sereinement avec le monde. Ils l'aident à recommencer.

Au soleil levant, on voit leurs silhouettes obstinées traverser dans les brumes des eaux très lentes qui ne disent jamais où elles vont. Pourtant. ils ont l'air de bien savoir où elles les mènent. Ils font confiance aussi, dans les petits matins rosés, à des arbres solitaires qui Indiquent de lointaines clartés où peut-être, au bout des routes. au delà des ponts, sur des grèves ou des sommets éblouis, tout sera prière et louange, où peut-être tout sera danse et grâce au cœur du nouveau jour.

Mais pourra-t-on les reconnaître lorsqu'ils traverseront la foule des longues villes, parviendront au rivage des grands fleuves de sagesse ? Bien sûr !
Car j’aperçois déjà, là-bas, le couple à la barque, la femme au sari jaune, l'homme à la charrette, la fillette dans le soleil …

Demain, de nouveau. Ils se lèveront sereinement avec le monde, passeront à travers ses brumes éternelles, l'aideront à recommencer.

Marie-Ange Sebasti
Aubes indiennes